Présence à soi

Les enfants intérieurs (2)

enfant intérieur

(Lire le début de l’article ICI)

Accueillir ses enfants intérieurs

Comme nous l’avons vu, refouler un enfant intérieur et faire comme s’il n’existait pas n’est pas une solution satisfaisante et durable. Outre que les stratégies d’évitement exigent une énergie considérable, elles restreignent notre liberté, induisent des comportements dysfonctionnels et ne permettent pas toujours d’éviter l’activation soudaine et brutale des enfants intérieurs.

La meilleure option reste de renouer avec son enfant intérieur et de prendre soin de sa guérison. Ce processus peut être arbitrairement subdivisé en dix étapes, même si certaines peuvent être simultanées ou se chevaucher.

S’il est en théorie possible de le faire seul(e), l’accompagnement par un(e) thérapeute s’avèrera souvent judicieux, dans la mesure où il n’est par définition pas facile de travailler sur ce qui n’est que partiellement conscient. La description ci-après de ce processus reste d’ailleurs sommaire et ne peut servir de mode d’emploi exhaustif.

Première étape : ressentir ses émotions

La première chose est d’être en contact avec ses émotions et les signaux qu’envoie notre corps (estomac noué, bouffées de chaleur…). Cela demande d’être prêt à ressentir sa souffrance et son inconfort (voir l’article Emotion).

Si le souvenir traumatique a été fortement enfoui dans l’inconscient, il se peut que nous n’ayons accès qu’à une partie de celui-ci et que l’émotion ne puisse pas émerger complètement. Une thérapie uniquement verbale risque alors de n’atteindre que les couches superficielles du trauma.

Une approche thérapeutique plus corporelle (massage, Rebirth, activation cellulaire, TIPI, hypnose…) s’avèrera souvent nécessaire afin d’accéder à la mémoire traumatique imprimée dans les cellules du corps. Il devient à ce moment possible de reprendre contact avec l’ancienne émotion occultée et de lui donner une nouvelle occasion de s’exprimer et de se libérer.

La pleine expression de cette émotion du passé a une double vertu : libérer la charge émotionnelle contenue et toutes les tensions qui l’accompagnent, ainsi que de redonner à nouveau l’accès à certains souvenirs enfouis.

Deuxième étape : se désidentifier de l’émotion

Tant que nous sommes totalement identifiés à l’émotion douloureuse, il est difficile d’avoir le moindre recul et de prendre conscience des mécanismes qui sont à l’œuvre.

Réaliser que nous ne sommes pas cette émotion, qu’elle ne fait que nous traverser, permet plus facilement de distinguer la présence de plusieurs sous-personnalités en nous et de défusionner le moi adulte de l’enfant intérieur.

Troisième étape : se responsabiliser 

Il n’est possible de poursuivre le processus à son terme qu’à condition de prendre la pleine responsabilité de son vécu. Cela suppose de lâcher l’idée que la personne qui a réactivé notre émotion douloureuse est responsable et d’admettre qu’elle n’a été qu’un simple déclencheur extérieur.

C’est bien la part traumatique enfouie en nous et brutalement réveillée qui est seule à l’origine de notre souffrance et nous seuls pouvons y remédier. Reporter la responsabilité de notre ressenti à l’extérieur de nous équivaudrait donc à refouler profondément notre enfant intérieur dans nos parts d’ombre.

Ne plus rejeter à l’extérieur ce qui nous est inconfortable mais le reconnaître comme faisant partie de nous est la seule façon d’apprendre de nos expériences et de permettre à nos parts en souffrance d’évoluer.

Quatrième étape : se connecter à notre espace de compassion

Qui, en nous, va accueillir notre enfant intérieur ? Le moi adulte, bien sûr. Mais comme nous l’avons vu, nous sommes composés de multiples sous-personnalités. Laquelle est à même d’accueillir notre enfant intérieur avec toute la compassion voulue ?

Si le « moi rationnel » est en mesure de comprendre la situation et ses enjeux, sa capacité d’accompagnement reste limitée à la sphère de la raison et du contrôle, à la recherche d’un objectif à atteindre.

Or, il existe dans notre mental un espace de compassion, capable de se retourner sur toutes nos autres parts et de les accueillir avec empathie et non-jugement. C’est une sorte d’instance mentale centrale, nommée « le capitaine » dans l’approche thérapeutique de Richard Verboomen. Dans la méthode Internal Family System (IFS), le « Self » tient un rôle en partie similaire, à la différence notable que le Self pointe vers le Moi supérieur, tandis que le Capitaine reste totalement dans la sphère mentale.

Il est important de restaurer et de faire grandir en nous cet espace mental intérieur qui seul a les ressources d’accueil, de compassion et de régulation pour permettre d’organiser un dialogue entre toutes nos parts intérieures, en vue de leur pacification et de leur guérison.

C’est à partir de cet espace que se poursuivront les étapes suivantes du processus.

Cinquième étape : se concilier les gardiens

Les gardiens intérieurs ont pour mission de protéger l’enfant intérieur. Il est donc nécessaire de commencer par entrer en contact avec eux afin de les rassurer sur nos bonnes intentions, de gagner leur confiance, sans les manipuler, afin qu’ils soient convaincus des vertus d’une saine collaboration et nous donnent accès à l’enfant intérieur.

Sixième étape : accueillir son enfant intérieur

Une écoute détendue de ce qui nous habite permet d’identifier notre enfant intérieur, de déterminer quelle est la part en nous qui est blessée et quelle est la nature de la blessure.

Une fois identifié, notre enfant intérieur peut enfin être accueilli. Il s’agit d’être dans une écoute empathique et bienveillante de tout ce que cette part émotionnelle souhaitera nous exprimer. Tant que l’adulte en nous sera dans le jugement ou la non-acceptation de ce ressenti, en aura honte ou le rejettera, il n’y aura pas d’ouverture possible.

C’est pour cela que cet accueil doit se faire à partir de notre espace de compassion. Pour que notre enfant intérieur puisse sortir de l’ombre et faire confiance au moi adulte, il faut lui procurer ce qui lui a manqué : de la compassion, de la tendresse, de l’écoute. Bref, une présence aimante et inconditionnelle.

Septième étape : communiquer avec son enfant intérieur

Maintenant que notre part enfantine est rassurée quant au fait qu’elle a le droit d’exister et d’être reconnue, il va être possible d’entrer en communication avec elle, comme le ferait un parent avec son enfant.

A partir de notre espace de compassion, le moi adulte va alors dialoguer avec son enfant intérieur, écouter avec empathie et sans jugement ses besoins et ses demandes, afin qu’il se sente entendu et compris.

En parallèle de cette énergie Yin d’accueil, le moi adulte a également ici le rôle plus Yang d’éduquer l’enfant intérieur en l’invitant à revoir et à assouplir ses croyances souvent rigides, absolutistes et sans nuance. De même, il est indispensable de cadrer l’enfant en ne lui permettant pas de se substituer au moi adulte quand bon lui chante. Comme pour tout enfant, il faut le sortir de la logique de l’immédiateté et lui apprendre à attendre le moment opportun. Cela suppose bien sûr de garantir à l’enfant qu’il bénéficiera de moments privilégiés lors desquels il aura pleinement la possibilité de s’exprimer.

C’est aussi l’occasion de convaincre les gardiens de ce que le moi adulte est aujourd’hui en mesure de protéger l’enfant intérieur tout en générant moins d’effets secondaires négatifs que les stratégies d’évitement utilisées jusqu’ici.

Huitième étape : faire appel aux ressources du Moi supérieur

Lors de l’étape précédente, l’enfant intérieur a peut-être fait part à l’adulte de son besoin d’amour ou de sécurité. Or, si l’enfant intérieur a jusqu’ici tenté de trouver la sécurité affective à l’extérieur, à travers des relations de dépendance, c’est vraisemblablement parce qu’il n’avait pas confiance dans les capacités du moi adulte à lui apporter cette sécurité.

Que faire alors si le moi adulte ne ressent pas en lui suffisamment d’amour ou de sécurité pour rencontrer les besoins de l’enfant ?

Plutôt qu’à nouveau chercher à l’extérieur, la solution consiste à se relier à son Moi supérieur, ce pont entre l’individualité et la dimension transpersonnelle, ce qui nous relie à plus vaste que nous.

Grâce au Moi supérieur, il nous est possible de connecter cette lumière d’amour en nous. En réalité, de prendre conscience que cet amour, cette sécurité, ont toujours été là en abondance et à disposition mais que nous nous en étions coupés.

Neuvième étape : rencontrer les besoins de l’enfant intérieur

Maintenant que le moi adulte a réintégré ses ressources, il est en mesure d’apporter concrètement à l’enfant intérieur ce dont il a besoin et, à l’extérieur, d’adapter son comportement de façon à être plus en adéquation avec les besoins de l’enfant.

A partir de ses instances mentales de compassion et d’empathie, le moi adulte peut alors mettre en place de nouvelles stratégies actualisées, destinées à rencontrer les besoins actuels de sa part enfantine en générant moins d’effets pervers que les anciennes stratégies d’évitement.

Sachant qu’il peut puiser dans les ressources du moi adulte quand il en ressent le besoin, l’enfant peut alors s’apaiser et se sentir en sécurité. Voyant que l’enfant est protégé et pris en charge, les gardiens intérieurs ne ressentiront plus la nécessité d’intervenir et accepteront de se désactiver.

Dixième étape : réintégrer l’enfant intérieur

Jusqu’ici, l’enfant intérieur était une part refoulée, une part non assumée et qui était reléguée le plus loin possible dans l’inconscient.

Maintenant que cette part est réhabilitée, il est possible de la réintégrer dans notre moi conscient, afin qu’elle ne se sente plus isolée et n’éprouve plus le besoin de se rappeler constamment à nous.

Ainsi que le préconisait Carl Gustav Jung, cette réhabilitation permet aussi au moi adulte d’intégrer en lui les ressources de l’enfant intérieur ; ressources dont il s’était coupé en refoulant l’enfant.

Jung appelait l’individuation ce processus destiné à rencontrer et réhabiliter toutes les parts de nous-mêmes que nous avons refoulées ou dont nous nous sommes coupés, de façon à être de plus en plus complets, à nous réaliser pleinement sur tous les plans de notre être.

Accueillir l’enfant intérieur de l’autre

Accueillir l’autre

Une fois que nous sommes plus familiers avec le concept d’enfants intérieurs, nous sommes aussi plus facilement en mesure de reconnaître lorsque la personne en face de nous réagit sous l’emprise d’un de ses enfants intérieurs à elle.

Ayant conscience qu’un enfant s’est substitué à l’adulte en face de nous, il nous sera plus facile de ne pas prendre personnellement des propos excessifs ou blessant tenus à notre égard, ou de se sentir rejeté.

Comme le ferait un adulte bienveillant envers un enfant, il s’agit de conserver une posture d’ouverture et d’accueil, tout en posant des limites et en n’acceptant pas ce qui n’est pas acceptable. Avec douceur, mais fermeté.

S’il est bon de faire preuve de délicatesse en évitant d’activer inutilement l’enfant intérieur de l’autre, il ne s’agit pas non plus de se sur-adapter et de « marcher sur des œufs » en permanence. Il ne serait pas juste de se restreindre constamment pour préserver le confort émotionnel de l’autre. C’est avant tout à l’autre de prendre la responsabilité de sa blessure et de prendre soin lui-même de son enfant intérieur.

Quand deux enfants s’activent mutuellement

Deux enfants intérieurs en présence

Il arrive parfois que la réaction brutale d’un enfant intérieur vienne activer l’enfant intérieur de son vis-à-vis. Par exemple, si un propos maladroit de votre partenaire active votre blessure de trahison et vous pousse à lui répondre de façon blessante, il se peut que votre réaction réveille en lui/elle sa propre blessure de rejet.

Nous nous retrouvons soudainement avec deux enfants intérieurs face à face, exigeant chacun d’être reconnu dans son ressenti. Mais trop chargé émotionnellement pour être dans l’ouverture, chacun restera probablement sourd à la demande de l’autre.

Les deux adultes, submergés par leurs enfants intérieurs respectifs, n’auront pas les ressources nécessaires pour être dans l’accueil des besoins de l’autre. Dans cette situation, toute écoute bienveillante et empathique s’avère illusoire, chacun des partenaires rejetant sur l’autre la responsabilité de la situation.

Ne pas se focaliser sur l’autre

Le premier réflexe, à éviter, serait de rester focalisé sur notre partenaire.

Même s’il est possible que le comportement de notre partenaire ait été indélicat ou inadéquat à notre égard, il est important de ne pas se crisper sur une volonté de recevoir des excuses ou un besoin d’être reconnu comme victime. De toute façon, il est probable qu’empêtré(e) dans son propre processus, notre partenaire n’aura à ce moment-là pas les ressources nécessaires pour le faire.

Il est bon également d’intégrer que notre partenaire a lui aussi ses blessures et ses limitations humaines et, de ce fait, nous ne pouvons lui demander d’être en permanence dans l’accueil inconditionnel de qui nous sommes. En quelque sorte, il s’agit d’accueillir le fait que notre partenaire ne peut pas toujours nous accueillir, surtout dans nos blessures, et qu’il nous appartient de nous prendre en charge nous-même.

De même, tant que nous restons focalisés sur le cheminement ou le travail que notre partenaire aurait à faire sur elle/lui (du moins selon nous), il est compliqué de revenir à soi et de reprendre l’entière responsabilité de ce qui nous traverse. Il nous faut donc aussi ne pas nous soucier du fait que notre partenaire ne fera peut-être pas « sa part » et nous concentrer sur la nôtre.

Revenir à soi

Focaliser son attention sur soi-même est la seule façon de prendre conscience de la présence active de notre propre enfant intérieur, de réaliser que la confusion présente entre nos différentes parts a permis à notre enfant intérieur de s’immiscer dans une relation adulte sans être identifié comme tel.

Le mieux à faire dans un premier temps est donc de prendre soin en priorité de notre propre enfant intérieur afin de lui redonner de la sécurité et de désactiver nos gardiens.

S’il est très probable que l’apaisement de notre enfant intérieur contribuera à apaiser celui de notre partenaire, ce n’est pas le but premier en soi, juste une conséquence secondaire bienvenue.

Une fois que tous les enfants intérieurs auront retrouvé de la sécurité et que les gardiens auront baissé les armes, le temps sera alors sans doute venu d’avoir une discussion sereine et constructive entre adultes et de revenir calmement sur les évènements.

Conclusions

Plus nos parts sombres et souffrantes seront aimées avec douceur et tendresse, plus elles reviendront dans la conscience et dans la lumière, nous permettant de devenir de plus en plus complets. Comme l’écrit si joliment Marie Elia, “L’Ombre fut tellement aimée qu’elle est devenue Clarté“.

Ouvrir son cœur, accueillir sans jugement et avec bienveillance nos parts intérieures, comme un parent le ferait avec son enfant en souffrance, c’est une démarche avant tout spirituelle, bien au-delà des aspects purement thérapeutiques. C’est là aussi tout le chemin du Tantra : connaissance, accueil et amour de soi.

Devenons ainsi notre propre parent intérieur.

Didier de Buisseret

www.therapeute-debuisseret.be

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