Présence à soi

Être spirituel

Êtes-vous spirituel ? La question n’est pas si simple, car chacun a une vision ou une définition de la spiritualité qui lui est propre, et la concrétisera à sa façon[1].

1. Concepts voisins de la spiritualité

Essayons déjà de distinguer la spiritualité de concepts qui lui sont proches et avec lesquels elle s’interpénètre volontiers.

1.1 La religion

La religion et la spiritualité sont des notions qui se recoupent souvent, mais qui se distinguent sur plusieurs points.

La religion englobe de multiples réalités et fait l’objet d’autant de définitions. En voici une qui me semble intéressante : « La religion est le rapport de l’homme à l’ordre divin ou à une réalité supérieure, tendant à se concrétiser sous la forme structurée de systèmes de dogmes ou de croyances, de pratiques rituelles et morales ».

La relation au divin

Une religion implique généralement la croyance en une (ou plusieurs) divinité, à l’exception notable du bouddhisme, qui est à la croisée de la religion, de la philosophie et de la spiritualité. En revanche, une spiritualité peut exister sans dieu. Principalement depuis les années soixante, on voit l’émergence d’approches spirituelles non religieuses.

Dans une spiritualité dites laïque, il y a néanmoins le plus souvent une forme d’absolu. Elle se vit comme une expérience intérieure s’ouvrant en même temps à quelque chose qui dépasse l’individu tout en le ramenant à lui-même.

S’il n’y a plus de représentation d’un dieu bien défini et personnalisé, il y a généralement l’intuition d’être en présence de quelque chose de plus grand que soi et auquel la personne spirituelle se sent reliée. Ce « plus vaste que soi » peut être perçu de multiples façons : forces de la nature, énergie cosmique, conscience connectée au Tout, âme du monde, mystère du vivant…

La plupart des religions sont basées sur le principe de transcendance, c’est-à-dire d’un Dieu perçu comme distinct et séparé du monde. A l’inverse, les spiritualités laïques reposent sur l’immanence, le fait que le sacré est présent dans le monde. Voire, comme dans le panthéisme[2], que le sacré est partout, qu’il se confond et ne fait qu’un avec l’univers.

Les spiritualités immanentes et/ou panthéistes amènent à développer un lien fort à la nature et au vivant en général, puisque le divin est en toute chose, et à célébrer le mystère de la vie.

Une démarche personnelle et subjective

Une autre distinction majeure est que la religion a une dimension collective, alors que la spiritualité est une démarche plus individuelle, plus personnelle. Si une religion se structure autour de dogmes communs, la spiritualité peut emprunter autant de chemins qu’il y a d’individus.

Si elle n’est bien sûr pas absente dans la religion, l’expérience subjective est centrale dans la spiritualité, ainsi que le résume Deepak Chopra : « La religion, c’est de croire en l’expérience de quelqu’un d’autre… La spiritualité, c’est de vivre sa propre expérience ».

Tel est le propos de Krishnamurti, fervent partisan de la nécessité pour chacun de tracer son propre chemin : « Vous verrez qu’il est tout à fait impossible d’organiser une foi. La foi est une affaire purement individuelle, vous ne pouvez ni ne devez l’organiser. Si vous le faites, elle devient une chose morte, fossilisée, elle devient une croyance, une secte, une religion à imposer aux autres. »[3]

Le chemin spirituel ne demande pas de croire mais d’expérimenter soi-même et de ressentir quel impact cela a sur soi. C’est assez similaire à la démarche scientifique, si ce n’est que la science s’intéresse à ce qui est mesurable et objectivable, tandis que la spiritualité est du domaine du ressenti subjectif.

Cela ne veut pas dire que les croyances sont nécessairement absentes dans la spiritualité, mais elles n’en sont pas le centre ni une absolue nécessité. Certains croient en l’existence des chakras ou du karma, d’autre en la réincarnation ou en une forme de vie après la mort, et d’autres pas…

Mais il ne s’agit pas de dogmes, chacun(e) étant libre de sentir si ces propositions résonnent ou font sens pour lui/elle. Plus qu’une adhésion intellectuelle, il s’agit d’en avoir l’intuition, de le ressentir intimement en soi. Il y a une véritable dimension corporelle et émotionnelle dans cette démarche.

Pour résumer, si toute religion se fonde sur une spiritualité, toutes les spiritualités ne sont pas des religions.

1.2 La philosophie

La philosophie (amour de la sagesse, en grec ancien) est une démarche de réflexion et de questionnement sur soi-même et l’univers, dans un but de connaissance[4].

La raison contre le merveilleux

La plupart des courants spirituels proposent une démarche globalement similaire à la philosophie. C’est le cas des spiritualités indiennes, qui invitent à lever le voile des illusions de la dualité pour percevoir la réalité des choses.

Cependant, la philosophie s’appuie principalement sur la raison, tandis que la spiritualité se fonde surtout sur la notion plus subjective « d’expérience intérieure ».

Surtout depuis René Descartes (1596-1650), la raison a été vue comme le salut de l’humanité, ce qui la sauverait de l’obscurantisme et de l’ignorance. Mais, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’être humain a pris conscience que la raison et les progrès de la science n’étaient pas forcément synonymes de bonheur et, au contraire, qu’une société toujours plus matérialiste vidait la vie de son sens.

L’humain a besoin de profondeur, de revenir à ce qui fait sens pour lui. Auparavant, les religions remplissaient ce rôle mais leur côté dogmatique et hiérarchisé s’avère de moins en moins adapté à notre civilisation occidentale individualiste.

Les nouvelles spiritualités proposent de reprendre cette fonction à travers des modalités plus souples.

La dualité

Traditionnellement, la philosophie occidentale oppose la matière (dont le corps) à l’esprit, ce dernier étant perçu comme supérieur.

Cette approche dualiste esprit/matière prônée par la philosophie grecque antique – Platon en premier lieu – a été reprise et accentuée par les trois grandes religions monothéistes[5], pour lesquelles la démarche religieuse consiste à se dégager le plus possible de la matière en vue de faciliter une ascension vers l’au-delà.

De nombreuses spiritualités s’éloignent de cette vision dualiste et proposent une réconciliation entre esprit et matière.

Il y a une confusion fréquente entre les deux approches du fait que la terminologie utilisée en philosophie définit justement comme « spirituel » tout ce qui a trait à l’esprit, par opposition à la matière.

Les spiritualités immanentes et/ou panthéistes ne sont pas ascendantes mais, au contraire, sont des spiritualités dites « descendantes » ou incarnées, en ce qu’elles invitent à faire descendre le sacré dans la matière, à prendre conscience que tout ce qui nous entoure est spirituel par essence.

Les adeptes des spiritualités d’aujourd’hui ancrent leur pratique spirituelle dans leur quotidien de tous les jours et ne la réservent pas à des moments spéciaux ou isolés.

1.3 Le développement personnel

Le développement personnel est défini comme « un ensemble de courants de pensées et de méthodes[] destinées à améliorer la connaissance de soi, à la valorisation des talents et potentiels[], à l’amélioration de la qualité de vie, à la réalisation de ses aspirations et de ses rêves »[6].

Il s’agit d’un mélange assez hétéroclite de pratiques venues de divers horizons, pouvant mélanger spiritualité, religion, coaching, psychothérapie, ésotérisme, pseudo-science et monde de l’entreprise.

Le développement personnel est une approche syncrétique, en ce qu’il mélange diverses influences plus ou moins digérées. Il abolit une séparation claire entre les accompagnements spirituels, thérapeutiques et de coaching de vie (voir l’article Guide ou thérapeute).

Développement personnel et spiritualité présentent un certain nombre d’objectifs communs, puisque les deux approches visent à aider l’être humain à développer ses potentialités et à trouver une forme d’harmonie intérieure, entre autres par la maîtrise de ses émotions et de ses désirs.

Bien que développement personnel et spiritualité soient souvent entremêlés, il y a malgré tout une différence dans l’intention posée : le développement personnel vise à la transformation de soi dans une démarche focalisée sur l’individu et son potentiel. La spiritualité démarre également d’un chemin vers soi, mais c’est en vue de mieux se tourner vers l’extérieur, vers un principe supérieur commun à toutes choses.

La spiritualité propose donc une double démarche : se relier à soi et se relier à tout ce qui nous entoure. Cela trouve son sens dans cette perspective du sacré présent partout, toutes choses dans l’univers étant perçues comme connectées, interdépendantes, et faisant parties d’un tout.

2. Les ingrédients de la spiritualité

Il y a mille et une façons d’aborder la spiritualité et ce serait présomptueux de décréter que telle attitude est spirituelle et telle autre ne l’est pas. Il me semble cependant possible de relever quelques ingrédients incontournables d’un chemin spirituel. Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive.

2.1 La conscience

La vie étant spirituelle par nature, tout est spirituel et peut-être vécu de cette manière. Le tout est d’en être conscient.

Ainsi, la sexualité est sacrée par essence, qu’on le réalise ou non. Mais beaucoup de gens ne prennent pas conscience de ce caractère sacré et, de ce fait, pratiquent une sexualité peu consciente.

Ce qui fait la différence, c’est donc le fait d’être conscient de la dimension spirituelle présente en chaque chose et d’être ouvert à cette dimension.

Par exemple, pour une personne consciente d’être partie intégrante de la nature et d’être reliée à tout le vivant, il est juste inconcevable de jeter sciemment un déchet par terre. Ce serait comme s’agresser elle-même.

Dans les activités du quotidien, surtout celles vues comme des corvées, nous agissons souvent de façon machinale et automatique. Les moments de conscience véritable sont assez rares.

Par exemple, ranger la maison peut être vu comme une tâche pénible et inintéressante que l’on expédie en pensant à autre chose. Il est pourtant possible à travers cette tâche de poser l’intention consciente de contribuer à l’harmonie du monde et au bien-être de ses proches. Vu de l’extérieur, rien de change mais intérieurement, tout est transformé.

Comme l’écrit Olivier Clerc : « Sitôt qu’on découvre dans une corvée un levier insoupçonné pour favoriser son évolution intérieure, elle change de tout au tout : les gestes restent les mêmes, mais l’intention dont vous les imprégniez et la façon dont votre pensée et votre cœur les relient à votre monde intérieur transforment complètement la situation. »[8]

Dans une spiritualité incarnée, ancrée dans le quotidien, chaque petit geste anodin est une occasion d’être en conscience et peut être vu comme un moment informel de méditation. Une vaisselle effectuée en conscience sera plus bénéfique qu’une séance de Mindfulness pratiquée machinalement.

2.2 La présence

Ce qui détermine la qualité de la conscience, c’est le degré de présence, à soi et à ce qui nous entoure. Si nous ne sommes pas présents, nous ne pouvons être en conscience.

C’est donc la présence qui est le fondement de tout l’édifice spirituel. Or, la présence n’est possible que dans l’instant.

Eckhart Tolle a pointé du doigt ce qu’il appelle l’accumulation de temps psychologique, qui empêche d’être dans le moment présent : « Malaise, anxiété, tension, stress, inquiétude, tous des formes de peur, sont occasionnés par trop de futur et pas assez de présence. La culpabilité, le regret, le ressentiment, les doléances, la tristesse, l’amertume et toute autre forme d’absence de pardon sont causés par trop de passé et pas assez de présence. »

Lorsque le mental est agité et se tend vers le passé ou vers le futur, on ne peut être présent à ce qui est, et donc être en conscience.

La condition de la présence est par conséquent de développer un esprit serein et apaisé. Si votre esprit est habituellement agité, ou trop actif, la meilleure façon de l’entrainer à la sérénité est d’expérimenter régulièrement l’état méditatif.

Il ne s’agit pas forcément de pratiquer des méditations posturales codifiées, si cela ne vous attire pas. Tout ce que vous faites avec conscience, en étant pleinement présent, peut être considéré comme une forme de méditation. Cela peut être marcher en forêt, donner un massage, déguster un bon vin, jardiner, écouter de la musique, admirer un paysage ou encore éplucher des légumes.

Dans ces moments où vous êtes totalement absorbé par ce que vous faites ou ressentez, le mental est calme et vous êtes pleinement présent. Plus vous multiplierez ces petits moments, plus la sérénité d’esprit s’ancrera durablement.

2.3 L’harmonie intérieure et extérieure

Une recherche majeure (mais aussi une conséquence) de la démarche spirituelle est d’être en harmonie avec nous-mêmes et avec ce qui nous entoure.

C’est en développant une forme d’intériorité, d’écoute de soi-même que l’on peut apprendre à se connaître et à pacifier en soi ce qui doit l’être. Sans présence à soi et connexion à son monde intérieur, cette harmonie est difficilement atteignable.

Dans une perspective immanente et/ou panthéiste, tout est relié. Une implication majeure de cette interdépendance est que la présence ou l’absence d’harmonie intérieure aura des répercussions à l’extérieur, et inversement.

Tout ce que je vis à l’extérieur, autour de moi, est un reflet de ce que je suis à l’intérieur. Ainsi, si je nourris des conflits en moi, je serai forcément en conflit avec le reste du monde. Dans cette optique, ce qui m’arrive est en lien avec ce que je suis, et ce que je suis se manifeste à travers ce qui m’arrive[9].

Vivre de façon spirituelle consiste entre autres à être attentif à faire correspondre sa vie intérieure et ses actes extérieurs. Par exemple, faire le choix d’un mode de vie sain et équilibré afin de prendre soin de son corps (action extérieure), aura un impact à l’intérieur en s’apportant de l’amour et en honorant la part divine en soi.

Pacifier en soi-même sa relation à la violence est un exemple d’attention intérieure produisant des effets extérieurs, en permettant de réagir de façon moins émotionnelle à la violence du monde et d’éviter d’alimenter à son tour le cycle des conflits.

2.4 L’amour et la gratitude

L’ouverture de cœur, d’où découlent la compassion et la bienveillance, est un élément-clé d’une vie spirituelle.

Quel serait le sens d’une évolution spirituelle si l’on ne propage et ne relaie pas l’amour autour de soi ?

Lorsqu’il y a la conscience de ce que le divin est partout, il est possible de percevoir l’étincelle de beauté présente en tout être et de s’y connecter, au-delà des caractéristiques visibles de l’ego et de la personnalité. A partir de là, il devient possible de ressentir l’amour universel et inconditionnel, l’agapè de la philosophie grecque antique.

Cela peut commencer par de petites choses : un sourire, une attention délicate, un mot d’encouragement…[10]

Une façon de faciliter l’ouverture du cœur est de pratiquer la gratitude, d’avoir cette faculté à percevoir les cadeaux de la vie et d’en éprouver de la reconnaissance et de la joie. Plus le cœur est joyeux, plus il aura tendance à s’ouvrir aux autres.

2.5 L’émerveillement

La faculté d’émerveillement tient un rôle important sur un chemin spirituel.

C’est une ouverture, une sensibilité à la beauté et à la poésie de la vie sous toutes ses formes, à l’émotion qui peut nous étreindre à la vue d’une fleur, d’un enfant ou d’une œuvre artistique qui nous bouleverse.

A force de tout disséquer, la science a fini par extirper de la nature toute forme de sacré et de mystère.

La spiritualité propose un réenchantement du monde, de prendre conscience de la magie et de la splendeur de ce qui nous entoure, pour mieux vibrer à l’unisson des merveilles du vivant. De là en découle un lien fort et évident à la nature et aux merveilles qu’elle nous offre à profusion.

De nombreux aspirants spirituels tombent cependant dans l’excès inverse en diabolisant le mental, en ne se fiant plus qu’à leurs ressentis et leurs intuitions. Le rejet en bloc du mental, de la connaissance ou de la science rend pourtant crédules ou irrationnel. Cela enlève toutes facultés de discernement et d’esprit critique, ainsi que le montre la facilité avec laquelle les fakes news les plus absurdes sont repartagées avec zèle sur les réseaux sociaux.

Tout n’est pas mauvais dans l’intellect, loin de là. Outre qu’il est indispensable pour fonctionner correctement au quotidien, c’est aussi le mental qui permet d’accéder à la sagesse. Le cœur seul ne le permet pas. Seule l’alliance du mental et du cœur y arrive. Un intellect bien rodé – mais à sa juste place – fait donc aussi partie des ingrédients-clé de l’évolution spirituelle.

2.6 L’œuf ou la poule ?

Il n’est pas toujours clair de savoir si ces ingrédients amènent vers plus de spiritualité ou si c’est l’inverse : est-ce que pratiquer la compassion rend plus spirituel ou est-ce le fait d’avoir une approche spirituelle qui rend plus compatissant ? Il est probable que cela aille dans les deux sens et que les deux aspects se renforcent mutuellement.

En revanche, cela semble une mauvaise idée de s’imposer des comportements dits spirituels parce que l’on ambitionne des objectifs et escompte des bénéfices d’une progression spirituelle. Par exemple, s’astreindre à un régime alimentaire strict n’amènera jamais personne à l’éveil spirituel. Par contre, améliorer la relation à soi et à son corps aura comme effet secondaire naturel de souhaiter en prendre plus soin et de privilégier une nourriture saine.

Une posture d’humilité face au chemin spirituel est infiniment plus adaptée. Quiconque cherche à tout prix à vivre un éveil spirituel est à peu près assuré de ne jamais l’atteindre.

Si vous choisissez de pratiquer la méditation, faites-le avant tout parce que vous en avez l’envie et que cela vous fait du bien, pas parce que vous espérez que cela vous rapprochera de l’illumination.

3. Quelles formes peut prendre la spiritualité ?

3.1 Un message accessible

L’heure n’est plus aux formules ésotériques réservées à des initiés seuls à même de les déchiffrer et de recueillir de grands secrets occultes que le grand public ne serait pas encore prêt à entendre.

Selon moi, si un message est peu compréhensible, c’est soit qu’il est mal formulé soit que son auteur essaie de lui donner une aura de mystère pour lui conférer une importance qu’il ne mérite pas.

Débarrassons-nous du superflu : « L’essentiel est simple. Tout ce qu’il y a de fondamental dans la vie, de plus quintessentiel, peut être enseigné à des enfants. L’époque est à la clarté et à la simplicité, qui facilitent le partage et la diffusion »[11].

3.2 Une forme épurée de la spiritualité

Vous pouvez croiser en rue quelqu’un de profondément spirituel et ne rien remarquer en lui de particulier. Une vie spirituelle est avant tout intérieure et n’a pas besoin d’exhiber de marques ostentatoires qui se traduiraient par un mode de vie particulier, une tenue spécifique ou une décoration inspirée.

Les bougies, l’encens, les vêtements en lin naturel, les mantras ou les statuettes de Bouddha ne sont pas indispensables et ne font pas nécessairement de vous quelqu’un de plus spirituel. 

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille forcément s’en débarrasser. Il est bon d’interroger ses habitudes : viennent-elles m’encombrer et m’éloigner de l’essentiel ou m’aident-elles au contraire à m’en rapprocher ?

Il en va de même pour les rituels. Ils n’ont de sens que comme support, comme facilitateur pour accéder à un état d’être propice à la spiritualité. Ritualiser un moment permet d’optimaliser les conditions de présence à soi, à l’autre, et à ce qui est[12]. Si tel n’est pas le cas, épurez.

3.3 Des chemins infinis

Si les grandes religions sont de plus en plus délaissées, c’est sans doute aussi parce qu’elles restreignent l’expression de la foi à des formes rigides et codifiées dans lesquelles de moins en moins de monde se retrouvent. La spiritualité est vivante et comme tout ce qui vit, elle est mouvante et évolutive.

Dans la mesure où la spiritualité d’aujourd’hui est un chemin avant tout personnel, il n’existe pas une façon unique de la vivre. S’il est bien sûr possible (et intéressant) de s’inscrire dans un courant spirituel existant ou de s’inspirer de diverses pratiques ayant fait leurs preuves, il n’en reste pas moins que chacun(e) le fera suivant sa sensibilité et ses centres d’intérêt.

Nous avons souvent une vision assez Yin de la façon dont la spiritualité devrait être vécue. Peut-être serait-il intéressant de l’élargir en incluant sa dimension Yang ? (Pour plus d’éclaircissement quant à l’équilibre des polarités Yin et Yang, je vous renvoie vers mon livre « Des hommes en chemin – vers un masculin conscient »).

L’un(e) sera attiré(e) vers une voie mystique tandis que l’autre se sentira mieux dans une approche plus philosophique.

L’un(e) s’épanouira dans un cadre souple ou même inexistant, et l’autre tirera bénéfice du caractère structurant de pratiques régulières.

L’un(e) aura une spiritualité tournée vers les mondes subtils, et l’autre la vivra de façon plus incarnée, avec le corps au centre de l’expérience.

L’un(e) cultivera avant tout son monde intérieur dans une posture contemplative, tandis que l’autre sera plus volontiers tourné(e) vers le monde extérieur.

L’un(e) prônera un mode de vie sobre et dépouillé, tandis que l’autre estimera que l’équilibre se trouve dans un juste milieu entre ascétisme et hédonisme.

Vous l’aurez compris, une voie n’est pas forcément mieux qu’une autre et ce qui convient à l’un(e) n’est pas nécessairement adapté à l’autre.

Ne jugeons donc pas trop vite le chemin emprunté par autrui. Ce serait dommage de souhaiter progresser spirituellement pour finalement devenir dogmatique et intolérant à l’égard d’autres approches que l’on jugerait « moins spirituelles » que la nôtre.

Et d’ailleurs, en quoi est-ce mieux d’être spirituel ?

Didier de Buisseret

N’hésitez pas à partager cet article, en le reprenant intégralement, sans modification ni coupure, et en citant sa source (www.presenceasoi.be)


[1] J’ai trouvé beaucoup d’échos et d’inspiration pour cet article dans la lecture du dernier livre d’Olivier Clerc, « Magiciens du quotidien », éd. Leduc, 2022

[2] Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle « Dieu est tout ». Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n’est pas un être personnel distinct du monde, mais qu’il est l’intégralité du monde (définition Wikipédia).

[3] Krishnamurti, cité dans « Krishnamurti, une vie », de Pupul Jayakar, p. 94, Presses du Châtelet, éd. 2022

[4] Selon Wikipédia

[5] Le judaïsme, le christianisme et l’islam.

[6] Selon Wikipédia

[7] Voir l’article Guide ou thérapeute

[8] Olivier Clerc, ibid, p. 135

[9]  Voir l’article La loi de l’attraction

[10] Voir l’article La bienveillance

[11] Olivier Clerc, ibid, p. 224

[12] Voir l’article Les rituels

2 commentaires pour “Être spirituel

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