Présence à soi

La bienveillance

La bienveillance est une notion majeure, qui me semble incontournable dans la progression sur un chemin spirituel. Mais ce concept un peu fourre-tout ne recouvre-t-il pas plusieurs réalités gagnant à être clarifiées ?

C’est également un mot quelque peu usé et galvaudé, qui suscite de plus en plus d’exaspération et de réactions sarcastiques.

Cet article tente de mieux comprendre ce qui se trouve derrière la bienveillance et en quoi elle est susceptible de nous aider à grandir. Parallèlement, je tâcherai de rencontrer les différentes critiques et réticences à son égard et de voir ce qui les fonde.

Les différentes facettes de la bienveillance

Les principales définitions que j’ai trouvées pour le mot « bienveillance » ne disent pas toutes exactement la même chose :

  • « Capacité à se montrer indulgent, gentil et attentionné envers autrui d’une manière désintéressée et compréhensive » [1]
  • « Disposition favorable à l’égard de quelqu’un » [2]
  • « Disposition affective d’une volonté qui vise le bien et le bonheur d’autrui » [3]

Suivant les cas, la bienveillance devient synonyme de gentillesse, d’attention aux autres, d’indulgence, de compréhension ou d’altruisme. Tous ces termes ne recouvrent pas une seule réalité.

Ces distinctions semblent s’expliquer par le fait que l’étymologie du mot reste controversée. Pour certains, bienveillance est issu du latin benevolens signifiant « vouloir du bien ». Pour d’autres, il viendrait de bona vigilantia, la « bonne vigilance », dans le sens de l’attention portée aux autres.

Le point commun à ces définitions est qu’il s’agit d’un état d’être, d’une disposition affective, et non simplement d’une intention ou d’un comportement ponctuel.

Il est toutefois frappant que toutes ces définitions visent la relation à autrui mais qu’aucune ne mentionne la bienveillance envers soi-même. J’aborderai ce point en fin d’article.

Vouloir le bien-être d’autrui

L’altruisme

Dans ce sens, la bienveillance devient synonyme d’altruisme, qui est « l’attitude recherchant le bien-être d’autrui à travers une action désintéressée« .

L’altruisme démarre d’une intention de faire le bien autour de soi, sans recherche d’un intérêt personnel en retour. Cela n’exclut cependant pas la conscience qu’un geste altruiste favorise le vivre-ensemble et l’équilibre global : j’irai d’autant mieux que les gens autour de moi vont bien.

L’intention ne suffit pas pour qu’il y ait altruisme. Il faut également que cette intention se matérialise en actes concrets. C’est donc une attitude active qui se traduit par des comportements positifs comme la disponibilité ou le soutien à l’autre.

Condescendant ?

Certains reprochent à cette bienveillance altruiste d’être condescendante, l’interprétant comme de la charité envers une personne vue comme inférieure.

Il se peut en effet que du paternalisme puisse se cacher derrière les apparences de la bienveillance mais il ne s’agit alors pas réellement d’altruisme.

L’altruiste n’a pas le sentiment d’être supérieur ou de mieux savoir. Il a conscience de faire partie d’un ensemble dont tous les composants sont reliés, et qu’en contribuant au bien-être de l’un, il favorise l’harmonie globale.

Intrusif ?

Un autre grief reproché à la bienveillance altruiste est qu’elle serait intrusive : je sais mieux que vous ce qui vous convient, et je vous l’impose.

Cela suppose alors d’autres motivations que le seul bien-être d’autrui, comme par exemple l’envie de se sentir utile ou que la personne aidée nous soit redevable. Il y a souvent une relation sauveur-victime qui est à l’œuvre et qui repose sur des mécanismes inconscients autres que le seul élan altruiste. Il n’y a pas ici de réelle prise en compte de la personne et de ses besoins.

Vouloir faire le bien de quelqu’un malgré lui n’est pas de l’altruisme. Imposer ses valeurs à l’autre est une forme de prise de contrôle. Par exemple, ce n’est pas le rôle d’un thérapeute de couple, adepte de la transparence totale, de pousser sa cliente à avouer à son conjoint une infidélité. Le thérapeute est là pour éclairer et accompagner sa cliente à trouver elle-même la meilleure option, pas pour lui imposer sa propre grille de lecture morale.

Le véritable altruisme nécessite de se poser au préalable les questions suivantes :

  • L’autre personne ressent-elle vraiment un besoin qu’elle souhaite rencontrer maintenant ?
  • Peut-elle y arriver seule ou une aide extérieure est nécessaire ?
  • Souhaite-t-elle que ce soit moi qui incarne cette aide ?
  • La façon dont j’envisage d’intervenir est-elle réellement la plus bénéfique pour elle à long terme et correspond-elle à son souhait ? Par exemple, exécuter une tâche compliquée à sa place va peut-être lui faciliter la vie dans l’immédiat mais ne lui permettra pas d’apprendre à le faire elle-même et à gagner en autonomie.

Ces questionnements nécessitent une dose d’empathie, qui est la capacité à se mettre à la place de l’autre et à comprendre son monde intérieur.

La personne bienveillante invite à grandir mais n’y force pas s’il s’avère que l’autre n’y est pas prêt(e) ou ne le souhaite pas, ce qui reste son droit.

Trop bon, trop con ?

Certains considèrent que la gentillesse est une forme de faiblesse. Rendre service, c’est être « la bonne poire », celui dont tout le monde profite.

A l’inverse, plutôt que de la naïveté ou de l’angélisme niais, d’autres voient en la gentillesse un véritable acte militant dans un monde de plus en plus gangrené par l’individualisme et le repli sur soi.

Cette opposition n’est pas neuve et agite les débats philosophiques depuis des siècles.

Ceux qui ricanent à la vue d’un Bisounours se basent sur la croyance que la vie est une jungle et que « l’homme est un loup pour l’homme ». Dans cette optique, l’être humain est par nature égoïste et il ne faut attendre de cadeau de personne.

A l’idéalisme naïf de la bienveillance, ils opposent un réalisme pragmatique.

Une relecture récente de l’œuvre de Charles Darwin vient cependant fortement nuancer cette idée de la sélection naturelle où seul le plus fort l’emporte sur le plus faible. Dans sa théorie de l’évolution, Darwin pointait déjà que l’évolution d’une espèce dépend au moins autant de sa capacité de collaboration que de la compétition entre ses membres.

Des études récentes démontrent que l’altruisme favorise la coopération, ce qui élève le niveau de performance d’un groupe [4]. C’est l’application de l’adage « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».

De même, la psychologie met en lumière que faire le bien autour de soi rend heureux. Faire une bonne action renvoie une bonne image de soi et contribue à se sentir utile et en harmonie avec les autres, ce qui provoque la sécrétion d’ocytocine, l’hormone du bonheur.

Rappelons enfin que gentillesse tire son origine du latin gentillis, qui signifie « noble ». Faire preuve de gentillesse revient donc à s’élever moralement [5].

L’attention portée aux autres

Veiller sur l’autre

Dans sa seconde étymologie, la bienveillance possède la même racine latine que le mot veille. Elle signifie alors être attentif aux autres, s’assurer qu’ils vont bien.

Cela ne se limite pas à une forme de vigilance. C’est aussi avoir des attentions pour l’autre. Je me souviens de mon papa qui, lorsqu’il lisait un article de journal sur un sujet susceptible d’intéresser un proche, le découpait et le mettait de côté à son intention.

Être attentif à l’autre, c’est aussi faire preuve de délicatesse à son égard, choisir avec soin ses mots et agir en conscience pour éviter le plus possible de le/la blesser inutilement.

Enfin, faire preuve d’attention, c’est accorder du temps à l’autre, prendre le temps de l’écouter, de rentrer avec empathie dans son univers. Ce n’est pas juste être physiquement là avec l’autre, c’est être réellement présent à lui, totalement ouvert et à l’écoute (voir aussi cet article sur la présence thérapeutique). 

Mièvre et hypocrite ?

Le côté « Bisounours » de la bienveillance agace de plus en plus. C’est perçu comme nunuche, mais aussi comme hypocrite.

A force d’arrondir les angles, d’enrober de guimauve, de tout édulcorer pour ne froisser personne, les échanges deviennent aseptisés. Ils perdent en clarté et le message finit par ne plus passer du tout ou se fondre dans un politiquement correct de façade.

Peut-on encore dire avec sincérité les choses telles qu’elles sont, ou sont ressenties ? Peut-on être bienveillant tout en restant vrai ?

Si l’on oppose bienveillance et authenticité, c’est qu’on la confond souvent avec la complaisance. Quelqu’un de complaisant cherche avant tout à faire plaisir en s’adaptant aux goûts et aux désirs de l’autre. C’est un caméléon qui porte un masque variant en fonction de l’interlocuteur.

La personne bienveillante ne cherche pas à tout prix à être bien vue ou appréciée. Bien que pesant ses mots et ses actes, elle n’hésite pas à se mettre en colère ou à montrer son désaccord si tel est le cas. Être bienveillant ne signifie pas conserver un sourire mielleux de façade en permanence. C’est tout le sens du livre de Thomas d’Ansembourg, « Cessez d’être gentils, soyez vrais »[6].

Si elle évite d’être blessant, la personne bienveillante sait que flatter quelqu’un ou lui dire ce qu’il a envie d’entendre ne lui rend pas service. Elle a conscience qu’être bienveillant, c’est aussi oser la parole confrontante qui peut être inconfortable à recevoir mais qui invite autrui à se regarder en face, pour grandir et évoluer. Fondamentalement, c’est cela, vouloir le bien de l’autre.

Être en désaccord complet avec quelqu’un n’implique pas nécessairement que la discussion doive s’envenimer. Si l’autre est de mauvaise foi ou peu disposé à élargir son point de vue, couper court à la discussion peut être une façon de rester dans la bienveillance. Mais si le propos ou les façons d’être de votre interlocuteur vous mettent à ce point hors de vous, peut-être serait-il pertinent de vous demander si un effet-miroir ne serait pas à l’œuvre[7].

L’absence de jugement

Regarder avec le cœur

Cette dernière facette de la bienveillance est la moins mise en avant dans les diverses définitions reprises en début d’article. Pourtant, je trouve que c’est la plus centrale.

Nous portons tous des jugements les uns sur les autres, quasiment en permanence. Catégoriser les personnes et les situations constitue une grille de lecture permettant d’élaborer une réponse comportementale la plus adéquate possible.

Cette classification utilise principalement le mécanisme de la projection (voir cet autre article). C’est un mécanisme mental efficace et très pratique, mais qui a des effets pervers. Projeter mon regard sur autrui peut en effet aboutir à le réduire à une étiquette non-représentative de qui il est dans sa globalité, en fonction de mes préjugés et de mes croyances limitantes.

En ce sens, être bienveillant signifie s’abstenir de porter des jugements critiques, de dénigrer autrui, de le réduire à une caricature, ou de s’en moquer. Mais c’est aussi bien plus que cela.

En regardant l’autre avec le cœur, plutôt qu’avec le mental jugeant et comparant, la personne bienveillante porte un regard a priori positif sur autrui.

Être dans le cœur n’empêche pas d’avoir une opinion sur les gens, d’avoir plus d’affinités, d’admiration ou de respects pour certain(e)s, de préférer certaines compagnies et de souhaiter en éviter d’autres. Il n’est pas besoin de trouver tout le monde sympathique…

Voir la beauté

La bienveillance s’attache également à voir – ou à deviner – les bons côtés présents chez chacun, plutôt que de focaliser sur les « mauvais ». Par exemple, si mon voisin est raciste, la bienveillance pourrait être de ne pas le réduire à cette seule facette, aussi critiquable soit-elle, mais de percevoir qu’il est peut-être aussi un mari attentionné ou un père aimant. Personne n’est totalement bon ou mauvais.

Il ne s’agit pas d’irréalisme ou de tri sélectif, c’est la conviction que chaque être humain possède un côté lumineux et que même les parts les plus sombres ont le potentiel de se transformer et de revenir dans la lumière.

C’est avoir confiance dans la capacité de chacun à grandir et évoluer, même si cette potentialité est parfois bien enfouie. C’est le regard d’amour inconditionnel du parent qui observe les premiers pas de son enfant et sait qu’il parviendra un moment à marcher.

Cette confiance évoque la vision que Christiane Singer a de l’amour : « Non que l’amour soit aveugle comme on le prétend. Il est visionnaire. Il voit la divine perfection de l’être aimé au-delà des apparences auxquelles le regard des autres s’arrête. »

L’attitude inverse de ce regard bienveillant pourrait être le cynisme, caractérisé par le manque de foi dans la beauté de l’être humain et le peu de croyance en sa capacité à s’améliorer.

Être compréhensif

La bienveillance invite à la compréhension face à ce que nous pourrions réprouver de prime abord. Par exemple, face à quelqu’un votant extrême droite, plutôt que le diaboliser ou le traiter d’abruti, la personne bienveillante tâchera de comprendre ce qui dans son parcours l’a emmené à ce vote, qu’est ce qui fait que cette personne est ce qu’elle est aujourd’hui. Essayer de comprendre, ce n’est toutefois pas tout accepter, ni cautionner, ni excuser.

Cela se rapproche de l’indulgence, qui se définit comme l’aptitude à excuser ou à pardonner les erreurs/fautes et à ne pas les juger sévèrement. La bienveillance va cependant plus loin que la simple acceptation des manquements, puisqu’elle croit en la capacité d’autrui à les dépasser.

La bienveillance consiste à ne pas figer définitivement quelqu’un dans une case dont il ne pourra plus sortir (« C’est définitivement un con »). C’est croire que toute personne est potentiellement capable d’évolution tout au long de sa vie et qu’il suffirait peut-être d’un évènement ou d’une rencontre salutaire pour provoquer cette évolution favorable.

Il peut être utile de distinguer une personne de son comportement. Chaque personne mérite d’être accueillie, avec ses qualités et ses aspects encore en évolution. En revanche, tous les comportements de cette personne ne sont pas nécessairement acceptables et ce n’est pas manquer de bienveillance que de leur opposer une limite ferme.

L’accueil de l’autre

Être bienveillant en ne jugeant pas, c’est aussi laisser l’autre être tel qu’il est et ne pas chercher à le changer pour qu’il corresponde à l’image que nous avons de lui ou à ce que nous en attendons.

Plutôt que d’enfermer autrui dans des projections, nous sommes invités à le découvrir réellement et à le comprendre, ce qui ramène à l’empathie.

La bienveillance est un préalable pour accéder à la tolérance, qui va encore un cran plus loin. La tolérance est l’aptitude à accepter chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes.

Si la bienveillance est avant tout une relation à l’autre, la tolérance est d’abord une relation à soi-même : à travers une remise en question de mes croyances limitantes et de mes présupposés, j’élargis mon cadre de référence en vue d’une relation plus harmonieuse à l’autre et à sa différence.

C’est évidemment beaucoup plus facile à faire avec nos proches qu’avec des personnes dont tout nous sépare.

Faut-il tout tolérer ?

Certains voient dans la bienveillance ou la tolérance une invitation à accepter tout et n’importe quoi. Ce n’est bien sûr pas cela.

L’accueil de la différence ne va pas jusqu’à la négation de soi et de ses valeurs morales. S’il est bon de se remettre de temps à autre en question, il n’est pas pour autant besoin de faire table rase de toutes ses balises éthiques.

Tout n’est pas acceptable et admissible dans une sorte de relativisme absolu. Tout ne se vaut pas : il existe des actes scandaleux, des idées fausses ou simplistes, des propos abjects et des coutumes stupides, avec lesquels il est légitime d’être en désaccord, voire de s’y opposer.

La bienveillance pourrait être alors de ne pas condamner trop vite, de laisser à l’autre une chance. En essayant de le comprendre, vérifier si, au-delà de mes projections et de mes raccourcis, il subsiste une réelle incompatibilité entre nous.

La culpabilisation de la bien-pensance

Il est important que l’invitation à la bienveillance et au non-jugement ne vire pas à la tyrannie des bons sentiments.

Nous restons des êtres humains, avec nos limites et des degrés de tolérance et d’accueil variables en fonction des circonstances. Il y a des moments où nous n’arrivons pas à être bienveillants ou à nous empêcher de porter un jugement moral.

Être bienveillant, c’est avant tout faire de son mieux sur base de nos ressources intérieures du moment. Parfois, cela se limite à prendre conscience que l’on porte un jugement, voire simplement à éviter d’être malveillant.

Ne pas culpabiliser parce que l’on touche à ses propres limites, c’est toujours faire preuve de bienveillance, mais cette fois envers soi-même…

Peut-on concilier bienveillance et exigence ?

Nous avons vu que la posture d’accueil et d’ouverture de la bienveillance ne se confondait pas avec la complaisance ou le laxisme.

Faire preuve d’une indulgence excessive, s’extasier devant un résultat médiocre, ce n’est pas bienveillant, car cela invite l’autre à végéter à un stade qu’il pourrait dépasser.

Suivant l’adage « Qui aime bien châtie bien », la bienveillance est exigeante envers autrui. Elle l’invite à être à la hauteur de son potentiel, et à ne pas viser en dessous.

La psychologue Angela Duckworth distingue quatre attitudes éducatives [8] :

  • Le laxisme, permissif et encourageant, ne place pas la barre très haut et donne une impression trompeuse d’évolution.
  • L’autoritarisme, exigeant mais décourageant, pointe des objectifs ambitieux mais ne donne pas les moyens d’y arriver.
  • La négligence, permissive mais décourageante, n’apporte aucun but ni soutien.
  • La bienveillance, exigeante ET encourageante, place la barre haute tout en procurant le soutien pour y arriver.

En éducation, l’attitude bienveillante est au croisement de l’exigence et de l’encouragement. Elle se base sur la conviction que l’enfant possède en lui un riche potentiel, tout en l’invitant à croire et à prendre confiance en ses capacités à développer ce potentiel.

La sécurité psychologique

Dans un contexte thérapeutique ou de développement personnel, la bienveillance contribue à créer le cadre sécurisé dans lequel chacun ose être lui-même. Sans cette sécurité, personne ne s’exposerait et ne prendrait le risque de tomber les masques et de se mettre à nu. Pour évoluer, il faut prendre des risques, ce qui demande de se sentir en sécurité.

Dans un autre domaine, la firme Google est arrivée à des conclusions similaires à l’issue d’une longue étude destinée à identifier les ingrédients pour former la meilleure équipe possible[9]. Cette étude conclut que le plus important pour créer une équipe efficace et innovante est la sécurité psychologique, lorsqu’il y a un climat de confiance et de respect mutuel qui permet d’être soi-même.

Dans une culture du blâme et de la stigmatisation de l’échec, personne n’ose innover, faire des suggestions originales, prendre des risques ou assumer ses erreurs, de peur d’être l’objet de critiques, de sanctions ou de railleries.

Dans un climat de bienveillance, chacun ose être soi et, finalement, donne le meilleur de lui-même.

La bienveillance envers soi-même

La bienveillance envers soi-même est la grande oubliée des définitions des dictionnaires. Elle est pourtant fondamentale sur un chemin d’évolution.

La plupart des gens sont durs envers eux-mêmes, n’acceptent pas leurs points faibles, et se veulent mieux ou différents de ce qu’ils sont. Se comparant sans cesse aux autres ou à des modèles inatteignables, ils ont une piètre estime d’eux-mêmes.

Cela correspond à l’axe de l’autoritarisme dans le modèle éducatif cité ci-dessus : un objectif très exigeant mais pas de soutien permettant de croire en ses capacités à y arriver. Cela amène inévitablement au découragement, à la dévalorisation et à la résignation à ce que rien ne progresse.

C’est toute la beauté paradoxale du processus : une évolution devient possible dès le moment où nous nous acceptons tels que nous sommes.

Par exemple, s’il existe une part en moi qui a un besoin éperdu d’être aimée, quand je serai en paix avec l’existence de cette part, quand je renoncerai à l’éradiquer ou vouloir la changer, je pourrai enfin arrêter de la juger, et la regarder avec bienveillance.

C’est ce regard bienveillant qui change tout : il est l’amorce qui me permet d’avoir confiance dans le potentiel de beauté de ma part blessée et qui me donne foi en une possible transformation.

La bienveillance, c’est cela aussi : arrêter de se mettre la pression, de vouloir être parfait. Et se foutre un peu la paix…

Didier de Buisseret

N’hésitez pas à partager cet article, en le reprenant intégralement, sans modification ni coupure, et en citant sa source (www.presenceasoi.be)


[1] www.linternaute.fr.

[2] Dictionnaire Robert, en ligne.

[3] Wikipédia.

[4] Pablo Servigne & Gauthier Chapelle, L’entraide, l’autre loi de la jungle, éd. Les liens qui libèrent, 2019.

[5] Emmanuel Jaffelin, Petit éloge de la gentillesse, éd. François Bourin, 2016.

[6] Thomas d’Ansembourg, Cessez d’être gentils, soyez vrai, éd. De l’Homme, 2014.

[7] Il y a effet-miroir lorsqu’autrui me reflète un comportement qui m’appartient – voir cet article relatif aux projections.

[8] Angela Duckworth, L’art de la niaque : Comment la passion et la persévérance forgent les destins, éd. Le livre de poche, 2018.

[9] Projet « Aristote » de Google, lancé en 2012 et publié en 2015 dans le New-York Times

3 commentaires pour “La bienveillance

  1. LOUART

    Juste une Beauté ce texte !
    Merci Didier pour tes mots qui, par-delà la compréhension intellectuelle, ont réussi à traverser le Coeur et adoucir une posture. Gratitude !
    J’aime, alors je partage !
    Laurence

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