Agir sans réfléchir suffit-il pour être spontané ?

spontané

 

La spontanéité est définie habituellement par le fait d’agir ou de parler de manière directe et sincère, sans en avoir préalablement calculé la portée ou les conséquences, et sans se soucier de la façon dont cela sera perçu.

Le Tantra apporte à cette définition une coloration particulière : la personne spontanée est celle qui est pleinement impliquée dans ce qu’elle fait et ce, avec une totale justesse par rapport à elle-même et à son environnement.

Pour cela, le Tantra invite à être profondément en lien avec son corps, ses ressentis et ses émotions, de façon à être le plus intimement possible à l’écoute de son intuitivité, de ce que l’on nomme communément sa petite voix intérieure.

Cette intelligence instinctive met chacun en contact étroit avec sa « vérité personnelle », qui est en parfaite adéquation avec ce qui est juste pour lui, ce qui lui correspond vraiment, sans essayer de se conformer aux attentes de l’extérieur.

Dès lors que tout est en lien, si un acte est en harmonie avec son auteur, il sera automatiquement en harmonie avec le monde extérieur. Ainsi, plus une personne sera bien dans sa relation à elle-même, plus ses relations à autrui seront vraies et épanouissantes.

Cette connexion au plus profond de soi durant l’action suppose une double présence : présence à soi-même et présence à ce que l’on est en train de faire, à l’environnement extérieur avec lequel on interagit.

Être présent à soi-même signifie être à l’écoute et accueillir ce qui nous traverse émotionnellement. Être présent à ce que l’on fait implique de ne pas faire les choses mécaniquement ou machinalement mais, au contraire, de s’y impliquer pleinement, d’y mettre toute sa conscience. Ainsi, si l’on est en colère, il s’agira de l’être pleinement, intensément, mais en conscience, ce qui permettra à l’émotion de s’évacuer sans pour autant être dommageable pour soi-même ou ses proches (à ce sujet, voir l’article sur les émotions).

Il suffirait donc d’être naturel, de « laisser parler son cœur » pour être spontané. Ce n’est cependant pas toujours si simple et, sur la ligne pourtant droite qui mène à ce naturel, il est facile de s’égarer en chemin.

Ainsi, l’automatisme est une notion qui se confond aisément avec la spontanéité. Dans son livre « Laissez faire l’amour », Stephen Vasey applique fort pertinemment cette distinction aux relations intimes.

Nombreux sont les amants qui sont allergiques à une quelconque planification de leur rencontres amoureuses, estimant qu’elles y perdraient toute spontanéité. Or, se laisser uniquement guider par son envie de l’instant ne suffit pas toujours pour être réellement connecté à ses instincts.

En croyant agir spontanément, si les gestes ne sont pas faits en conscience, il n’est pas rare de tomber dans les ornières de l’habitude et, par automatisme, de simplement reproduire les « trucs et ficelles » que l’on connait par cœur et qui, à force de creuser le même sillon, risquent de devenir routiniers et sans fraîcheur. Ces gestes dont on use et abuse parce qu’ils ont l’attrait reposant du connu, ont l’inconvénient de fermer la porte à l’exploration de nouveaux territoires. Ainsi que le dit très justement Thomas d’Ansembourg, « si l’on fait ce que l’on a toujours fait, on obtiendra ce que l’on a toujours obtenu »…

C’est pourquoi Stefen Vasey suggère aux amants qu’à l’occasion, ils introduisent un cadre artificiel à leurs rapports (en changeant le contexte des rapports, en y introduisant une mise en scène ou des éléments nouveaux…), de façon à empêcher les automatismes et, dans ce nouveau cadre sans référence connue, de permettre à la spontanéité de pouvoir à nouveau s’exprimer. Paradoxalement, plutôt que de brider la spontanéité, l’artifice se met donc ici à son service. L’érotisme ne fait finalement pas autre chose.

Il est également utile de ne pas confondre la spontanéité avec l’impulsivité. Si le geste spontané s’avère toujours pertinent car en parfaite adéquation avec la « vérité personnelle » de son auteur, le geste impulsif est au contraire le plus souvent malheureux car excessif et inapproprié.

Dans les deux cas, il est peu fait appel à l’intellect et à la réflexion. Mais si la personne spontanée utilise à la place son intelligence instinctive ou émotionnelle, la personne impulsive est déconnectée de son ressenti intérieur et se contente de se laisser déborder par un excès d’émotions qu’elle a laissé s’accumuler et qu’elle n’arrive plus à canaliser, de sorte qu’au moment où ces émotions débordent, ce sera de façon violente et avec des conséquences souvent regrettables.

La personne spontanée part de sa connexion à elle-même pour agir vers l’extérieur. La personne impulsive, elle, n’est pas dans l’action mais dans la réaction à une cause extérieure, qui la met « hors d’elle » (c’est ce que l’on dit en effet d’une personne prise par une colère incontrôlable) ; ce décentrage lui faisant perdre le lien avec son intuitivité.

En conclusion, agir sans réfléchir n’est donc pas forcément une marque de spontanéité…

Didier de Buisseret

 

9 commentaires pour “Agir sans réfléchir suffit-il pour être spontané ?

  1. Akachat

    Cher Didier,
    Née en avril, cela fait de moi un bélier. Une de ses caractéristiques, dit-on, c’est de « foncer, et réfléchir après », caractéristique qui ne m’a jamais semblée positive. Pourtant, je dois bien avouer que c’est comme cela que je fonctionne, sans que cela nuise à qui que ce soit, généralement 🙂
    A la lecture de ton article, je comprends être un bélier spontané, et non impulsif. La différence réside donc dans la relation à soi. Merci pour tes éclaircissements 🙂
    A vite !

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