50 nuances de Tantra

50 nuances de Tantra

50 nuances de Tantra

 

A l’occasion de la sortie du film « 50 nuances de Grey », j’ai lu plusieurs articles sur internet considérant que l’œuvre serait problématique en ce qu’elle ferait passer « une relation toxique et malsaine comme quelque chose de romantique », que ce qui serait présenté comme un délicieux jeu de domination ne serait en réalité que de la plate violence conjugale.

Ce qui est intéressant est que ces propos n’émanent pas de quelconques milieux traditionnels bien-pensants mais d’adeptes du sadomasochisme qui estiment que ce film (et les livres dont il est tiré) donnent une fausse et très mauvaise image du milieu BDSM. Personnellement, n’ayant pas vu l’un et ne pratiquant pas l’autre, je n’ai pas d’avis. En revanche, les raisons invoquées par ces praticiens du SM m’intéressent car elles permettent un parallèle avec le Tantra.

En BDSM, les notions de consentement et de communication entre partenaires semblent primordiales, de façon à ce que les limites de leurs rapports soient clairement posées. Or, selon les détracteurs du film, Christian Grey impose sa vision de la relation à Anastasia, qui ne sait jamais à quelle sauce elle va être mangée et dont le consentement est régulièrement peu ou pas pris en compte.
En Tantra, l’accent est mis sur la connaissance de soi-même et de ses propres limites, ce qui suppose d’écouter son corps et ses émotions de façon attentive et avec une grande honnêteté. Ces limites ne peuvent être connues que par l’expérimentation, en allant les titiller – en conscience et dans un cadre bienveillant et sécurisé. Cette attention portée à soi-même est à renouveler constamment, dès lors que ces limites fluctuent au gré de nos états émotionnels.

Ce n’est qu’une fois ces limites correctement ressenties qu’il est possible de les poser de façon claire et ferme à l’égard d’autrui. Autrement dit, c’est tout d’abord en sachant se respecter soi-même que les autres nous respecteront. Cela vaut pour tous les aspects de la vie.

Une fois centré en soi-même, il est alors possible de se tourner vers l’autre et d’être également à l’écoute de ses limites à lui, de façon à ce que les états émotionnels des deux partenaires s’accordent. A nouveau, cela vaut pour toutes les situations et toutes les gammes d’émotions.

Les détracteurs du film pointent également le fait qu’il y soit présenté comme normal que « Christian Grey soit dominant à cause d’une enfance difficile, qu’il fouette ses copines parce qu’il voudrait punir sa mère etc… ». Selon eux, cela donne à tort l’impression que la plupart des pratiquants du BDSM sont des personnes abusives qui cherchent à travers cette pratique à assouvir des pulsions névrotiques. Un autre exemple pointé récemment dans les médias est l’ancien directeur du FMI qui, dans le cadre du procès dit « du Carlton », justifiait la brutalité de sa sexualité par son besoin d’une soupape, d’évacuer son stress dû à une vie professionnelle exigeante.

Dans les deux cas, il n’y a aucune vraie rencontre avec la partenaire, qui est instrumentalisée, qui n’est vue que comme un moyen d’évacuer ses névroses ou son stress. Au lieu d’une rencontre de cœur à cœur ou d’âme à âme, il n’y a ici qu’un défoulement qui, s’il soulage quelques instants, s’avère très vite pauvre et insatisfaisant, poussant son auteur à le réitérer compulsivement dès lors que la problématique initiale n’est pas traitée.

Il en va de même quand l’autre est réduit à la seule fonction de concrétiser nos fantasmes. Ainsi qu’il est décrit dans cet autre article, notre partenaire n’est alors qu’un figurant, un accessoire d’une mise en scène cérébrale où seul compte le scénario.

Pourtant, la sexualité s’avère bien vite décevante et répétitive si elle se réduit à sa seule génitalité, si elle n’est pas mise au service de la rencontre et de l’amour.

Didier de Buisseret

 

 

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