Présence à soi

Exprimer ses limites lors d’un massage tantrique

massage tantrique

Introduction

Dans cet article, nous verrons l’importance d’aménager un espace d’expression avant un massage tantrique, afin de permettre à la personne massée de se sentir suffisamment en confiance pour oser poser ses réelles limites et exposer ses besoins.

Les relations entre hommes et femmes ont généré de tout temps des mémoires traumatiques, tant collectives qu’individuelles, dont nous sommes toutes et tous aujourd’hui les héritiers.

Il est bon pour un accompagnant psycho-corporel d’être conscient de cela afin de ne pas renforcer ces schémas d’opposition mais, au contraire, d’œuvrer à pacifier et à harmoniser cette relation. C’est d’autant plus sensible dans un domaine comme le Tantra qui aborde la thématique de la sexualité, lieu de cristallisation des tensions par excellence.

Même si je le savais intellectuellement, je ne réalisais pas – en tant qu’homme – combien ces distorsions entre les sexes étaient à ce point subtiles et profondes et combien elles rendaient difficile pour les femmes l’expression de leurs besoins et limites, a fortiori face à un homme.

Prendre la juste mesure de ces distorsions est indispensable en vue de créer l’espace nécessaire pour que cette expression puisse véritablement avoir lieu.

J’ai à cœur de vous partager quelques exemples issus de ma propre pratique afin que cela puisse contribuer à plus d’ouverture des consciences et que nous puissions tous cheminer vers plus de justesse. Cet article doit également beaucoup à la richesse des discussions que j’ai eus le plaisir d’échanger avec Mélissa Libert. Qu’elle en soit remerciée du fond du cœur.

Pose du cadre du massage tantrique

C’est au professionnel qu’incombe la responsabilité de poser le cadre de la séance. Il est cependant important qu’à ce cadre, viennent encore s’ajouter les besoins et limites propres à la personne massée. Pour ce faire, ma présentation du cadre d’un massage tantrique comporte systématiquement deux questions : « Il y a-t-il des limites objectives que vous souhaitez ajouter ? » et « Il y a-t-il une zone de votre corps que vous souhaitez ne pas voir abordée ? ».

Prendre le temps de creuser ses réserves

Auparavant, lorsque la cliente me répondait négativement, je me contentais de cette réponse, tout en précisant qu’elle avait bien sûr le droit de changer d’avis en cours de massage. Aujourd’hui, lorsque cette réponse fuse un peu trop rapidement ou me semble hésitante, je prends le temps d’approfondir et de bien vérifier si la cliente perçoit réellement ses propres limites du moment et dispose de l’assertivité suffisante pour me répondre sur ce point.

Nous ne mesurons en effet pas toujours combien notre héritage culturel rend difficile pour une femme le fait de poser ses limites à l’égard d’un homme, surtout si cet homme est en position d’autorité, ce qui est le cas du thérapeute ou de l’accompagnant professionnel. Nombreuses sont les femmes qui ont réellement intégré la croyance inconsciente qu’elles n’ont pas le droit de dire non à un homme en affirmant leurs limites, que ce soit par timidité, pour ne pas vouloir faire la difficile ou pour aller dans le sens de l’autre.

Un accompagnant conscient de ces enjeux a donc la responsabilité de prendre soin de vérifier si le cadre exprimé correspond réellement au cadre souhaité et d’aider la personne à dépasser ses réticences à exprimer ses besoins.

Prendre le temps de ressentir ses limites

Par exemple, dans le cas d’une personne qui dit ne pas être consciente de ses limites et ne pas savoir si elle souhaite être touchée ou non au niveau de la zone pubienne, il peut lui être proposé de fermer les yeux et de prendre le temps de ressentir comment résonne cette perspective à trois endroits différents de son corps : si cela sonne de façon juste pour sa tête (le mental), pour son cœur (l’émotionnel) et pour son bas-ventre (l’instinctif). Et si un de ces trois pôles se crispe à l’idée que la zone pubienne soit touchée, cette limite doit être entendue et respectée.

L’idée n’est certainement pas de voir les femmes comme de petites choses fragiles et de les conforter dans un statut de victimes. Au contraire, en leur donnant le temps de prendre conscience de ce qui est juste pour elles et en leur offrant l’espace pour le déposer, cela les invite à se reconnecter à leur propre puissance.

La nudité de la personne massée

Nudité

La question de la nudité de la personne massée est une autre occasion de sonder ses limites.

Il est d’usage que le massage tantrique soit reçu dans la nudité. Cette nudité a un réel sens dans ce massage globalisant et harmonisant où toutes les parties du corps peuvent être abordées avec respect, honoration et simplicité.

Une nudité toujours facultative

Cependant, cette nudité n’est en rien une obligation et le massage conservera sa qualité tantrique quant bien même la personne garderait un sous-vêtement. N’écoutez pas les affirmations péremptoires selon lesquelles un massage tantrique doit nécessairement se recevoir nu(e) pour être digne de ce nom.

En effet, il peut être très confrontant pour certaines personnes de se dénuder face à un inconnu et cela n’a aucun sens de se forcer à être nu(e) si c’est pour rester tendu(e) tout le massage et en garder un souvenir traumatisant. Mieux vaut conserver un sous-vêtement et être en mesure de se relâcher durant le massage, quitte à éventuellement évoluer sur ce point lors d’une séance ultérieure, une fois que la confiance sera solidement établie.

Il n’est bien sûr pas toujours simple pour l’accompagnant de percevoir jusqu’où il est juste et bénéfique d’inviter la personne à sortir un peu de sa zone de confort et la limite au-delà de laquelle il n’est pas bon d’aller. L’envie de voir sa cliente progresser et évoluer peut parfois l’inciter à vouloir forcer un peu les choses et ne pas tenir assez compte du rythme souhaitable.

Cette même perception de la limite n’est pas toujours plus simple pour la personne massée qui, elle aussi, ne distingue pas forcément bien la nature de ses réticences à la nudité.

Ecouter ses réticences

Si l’accompagnant perçoit une hésitation dans le chef de sa cliente, le mieux qu’il puisse faire est de l’inviter à prendre le temps de ressentir quel est le message que cette réticence est venue lui délivrer et s’il est juste de passer outre ou non. Ainsi, vouloir faire plaisir à l’accompagnant, être dans la norme ou « ne pas faire sa prude » ne devraient pas constituer un motif suffisant pour taire sa réticence.

Souvent, une hésitation masque simplement un « non » peu assumé qu’il est bon de pouvoir réaffirmer avec plus d’assertivité.

Lorsque la séance est offerte

Il m’est arrivé régulièrement d’offrir gratuitement une séance de massage, que ce soit pour faire plaisir ou pour faire découvrir ma pratique.

Je n’avais pas réalisé que cette proposition sans contrepartie pouvait provoquer chez l’autre un sentiment d’illégitimité à poser ses conditions et que cela pouvait la placer dans une situation de redevabilité : « On m’offre un cadeau, je ne vais pas en plus faire la difficile… ». En outre, le caractère gratuit de la séance peut contribuer à rendre plus flou son cadre professionnel sécurisant (voir cet autre article).

Bien sûr, chacun(e) réagira différemment face à un don désintéressé et est responsable de son propre ressenti : certain(e)s l’accepteront avec simplicité là où d’autres se sentiront méfiant(e)s ou indignes du cadeau… Néanmoins, un accompagnant se doit d’avoir conscience que ce contexte de don peut renforcer encore la difficulté de certaines personnes à affirmer leurs besoins.

Les limites exprimées par le mental

Dans le domaine du développement personnel, de nombreuses personnes (moi inclus) accordent une prééminence parfois trop excessive aux ressentis du corps par rapport aux signaux du mental.

Par exemple, une personne exprime lors de l’entretien verbal préalable qu’elle n’est pas certaine d’être à l’aise à l’idée que sa zone pubienne soit abordée. Or, en cours de massage, l’énergie sexuelle s’éveille fortement, le corps envoyant donc des signaux apparemment contradictoires à ceux émis initialement par le mental. Ce serait cependant une erreur de partir trop vite du postulat que les derniers signaux doivent primer parce qu’étant émis par le corps dans le moment présent.

Le rôle protecteur du mental

Il est parfois possible qu’une limite posée avant la séance soit purement mentale, soit une simple projection qui pourrait ne pas ou ne plus correspondre au ressenti du corps dans le moment présent. Mais il se peut aussi que cette limite du mental ait un véritable rôle de protection afin de prémunir la personne contre des expériences pour lesquelles elle n’est pas prêtes.

Parfois l’expérience corporelle permet au mental de s’assouplir et de réviser dans l’instant ses croyances ou ses peurs en les confrontant à la réalité du ressenti. Mais, dans d’autre cas, le massage peut aussi avoir pour conséquence d’amener les défenses mentales à baisser leur garde momentanément alors que, fondamentalement, ces réticences du mental continuent d’exister et referont surface quelques heures ou jours après le massage. Or, même si le corps a bien vécu l’expérience, c’est une erreur de ne pas assez tenir compte de la tête qui, elle, peut l’avoir moins bien vécu, ce qui peut être tout aussi traumatisant.

La dissociation

C’est le mécanisme de la dissociation : une partie du corps vit et ressent d’une certaine façon l’expérience, tandis qu’une autre partie la vit tout différemment. Tout l’objectif du Tantra est de prendre conscience de cette dissociation et, par l’écoute bienveillante du message que chaque part vient nous délivrer, d’arriver à les unifier.

Mais tant que cette unification n’est pas encore réalisée, il pourrait être souhaitable dans un principe de précaution de calquer le massage sur « la part la plus réticente » de la personne – que ce soit la tête, le cœur ou le sexe -, et de partir du postulat que cela restera inchangé de toute la séance et de ne plus toucher au cadre.

Et tant pis si ce cadre devient trop étroit en cours de massage. Le cas échéant, il pourra être actualisé lors de prochaines séances, mais il est plus important que la personne se sente entendue et respectée dans ses limites et que se construise une relation de confiance solide, ce qui passe entre autres par l’assurance que le cadre sera bien tenu.

En conclusion

En questionnant avec humilité sa pratique, chaque accompagnant pourra prendre de mieux en mieux conscience de ces distorsions de perception entre hommes et femmes et offrir le cadre le plus propice à leur émancipation lors d’un massage tantrique.

Didier de Buisseret

www.therapeute-debuisseret.be

N’hésitez pas à partager cet article, en le reprenant intégralement, sans modification ni coupure, et en citant sa source (www.presenceasoi.be)

11 commentaires pour “Exprimer ses limites lors d’un massage tantrique

  1. Jasmine

    Merci pour cet article. Je suis tombée dessus par hasard via Facebook. Je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites, et je suis de celles qui ont du mal à mettre des limites face aux hommes, qui acceptent pour faire plaisir puis qui finissent par se rétracter, et qui s’en veulent ensuite pour avoir changé d’avis … Ou alors je dis non mais je culpabilise intérieurement. Et j’ai l’impression de passer pour quelqu’un de coincée ou de fermée si je dis non, enfin bref, tout un conditionnement, et c’est intéressant de constater que cela est partagé par beaucoup de femmes, je vois que ce n’est pas propre à moi et que cela est du au (triste) contexte culturel. Je suis également d’accord avec le principe de respecter le cadre. Cela me parait fou que vous deviez écrire spécifiquement à ce sujet, cela me permet d’avoir une meilleure compréhension sur la façon de penser des hommes en général en fait. Parce que personnellement, si j’exprimais une limite en début de séance, et même si mon corps semblait exprimer du plaisir en cours de séance, je serais vraiment très gênée qu’elle soit enfreinte, la confiance serait brisée, et j’ose espérer que j’aurais le courage sur le moment de mettre fin immédiatement au massage. Je ne savais pas que le massage du pubis faisait partie d’un massage tantrique, et personnellement, je trouve que la limite est bien trop floue avec une relation sexuelle. Et également, j’ai eu deux expériences dans ma vie où je me suis faite masser nue par des hommes, et à chaque fois, l’homme attendait qu’il y ait une suite à cet échange en fait, ce n’était pas du tout innocent ! Donc, j’ai tendance à me méfier maintenant, même si au départ, j’étais plutôt confiante … Même si notre corps peut exprimer du plaisir, cela ne fait pas de nous des objets sexuels dont on peut faire ce qu’on veut. On peut vouloir n’avoir des échanges sexuels qu’avec une personne dont on est amoureux, et vouloir être fidèle à ce niveau là. Enfin, bien sûr, tout existe, et du coup, vous faites bien d’écrire à ce sujet. Le fait de poser des limites n’est pas forcément le fait d’un blocage qu’il faudrait dépasser (un échec sur le moment), mais un souhait de faire respecter son intimité, qui nous appartient.

    1. Umâ

      Peut-être qu’un massage tantrique donné par une femme, avec un cadre défini par vous-même (tous massage tantrique, en tous les cas ceux que je propose, invitent la personne massée à définir clairement ses limites, les zones de son corps qu’elle accepte être touchées et les zones interdites, si le pubis est touché c’est qu’il y a consentement préalable, chez Didier cela est certain) pourrait « soigner » de ces expériences passées ou simplement comme vous le dites, permettrait d’affirmer sa/ses limites. Je me permets, mais j’ai un peu de mal avec les phrases généralisatrices comme  » la façon de penser des hommes en général », je ne crois pas que l’on puisse enfermer une si grande part de la population dans des généralités, sans parler des hommes qui ne se retrouvent pas dans vos mots, comment vivent-ils de lire ce que vous écrivez? Je vivrais mal que l’on dise « toutes les femmes… », il y a en effet des tendances qui se rejoignent dans le masculin ou féminin mais je crois qu’il est grand temps d’arrêter le clivage, l’affrontement, la séparation homme/ femme et plutôt que de se focaliser sur les différences, sur ce qui dérange, pourquoi ne pas avoir un nouvel angle de vue et de se centrer sur ce qui rassemble ce qui complète…?

  2. MAX HERBIN

    Bonjour Didier,
    je suis praticien et initiateur tantra et je me pose très souvent des limites et du ressenti de la personne Massé …

    Merci beaucoup pour cet « éclairage » et ton expérience !

    En plus d’être magnifiquement écris tes sujet sont toujours très puissant et juste

    Très belle journée

    Max

  3. Florence Logé

    J’aime beaucoup le principe de la limite inférieure à respecter. C’est en effet un préalable parfaitement adéquat à ce genre de massage me semble-t-il. Et certainement l’occasion de prises de conscience … pourquoi ma tête et mon corps ne disent-ils pas la même chose ? Est-ce ok ou cela me semble «tordu» quelque part ? Comment ai-je vécu cette limite ? Qui décide pour moi … Vraiment magnifique article merci Didier !

  4. Daniel

    Merci Didier d’avoir partagé ton vécu, ton questionnement, tes doutes et remises en question sur ce sujet délicat de la relation homme femme dans le cadre du massage et ce, sans référence à un maître, une religion, un dogme. Juste toi.
    Le paragraphe sur la séance offerte est aussi interpellant. Je n’avais jamais vu la chose sous cet aspect.
    J’ai pris plaisir à lire et relire cet article. Idem en ce qui concerne le commentaire de Jasmine .

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